No Religion

Les déambulations dans Shoreditch sont un plaisir des yeux et un moment de découverte infinie. Chaque coin de rue apporte des façades différentes et quelque chose d'inattendu. Et de religieux, ce soir. Plutôt à la santé de Gambrinus.



Les nuances de briques à la lumière du soir sont presque gaies. Les rues sont calmes, droites et étroites. Nous marchons doucement en respirant l'air urbain et en souriant en silence, côte à côte.

Un instant

À une telle hauteur, sur la terrasse de verre du Sky Garden, on pense à se remplir les yeux, à dilater son champ de vision, à laisser tomber la lumière, les couleurs et leurs nuances brumeuses sur nos rétines tendues à frémir.



Mais notre hyperesthésie stimulée voudrait d'autres sensations, que notre corps réclame en silence. Le son du vent dans les tours d'acier, le gout rance de l'air en conserve, le balancement imperceptible de la structure. Fermez les yeux…

Pour trente livres

Vivre le phantasme de toute puissance de chaque mégalopole impose bien sûr de lever la tête sur ses gratte-ciels puis d'y monter au moins une fois. Arpenter le Sky Garden est donc un passage obligé, pour son insolite, sa hauteur et sa vue.



Une vue parfois bouchée par d'autres buildings plus hauts. Mais au sud, le regard porte jusqu'à l'horizon. Au sud, le jeu des brumes interroge les limites du monde. Au sud, The Shard nous nargue de son rooftop vertigineux. Si chère ascension…

Sourire et décadence

La gaieté londonienne reste un mystère. La brique sombre ternit chaque rue, les façades — tantôt sévères, tantôt alambiquées — nous toisent de haut, les pignons abrupts et les toitures noires se taisent sur notre passage.



Pourtant, passé tel monument gothique ou telle institution séculaire, le sourire fantasque et inattendu de la ville traine un air aussi décalé que mutin, la rue sourit et le regard soupire. Est-ce le seul soleil qui chasse ainsi la décadence urbaine ?

Sans pitié

La Tour de Londres évoque toujours de sombres histoires, des geôles obscures et des complots chuchotés. De jour, et sous un soleil qui semble vouloir stériliser toute forme de vie alentour, le compte n'y est pas.



Pour autant, restons sur nos gardes en contournant l'édifice massif et irrémédiablement fermé au voyageur peu fortuné. C'est ce que rappelle la Porte des traitres, dont l'aspect peu engageant titille mon imagination de rôliste…

Morceau d'histoires

Chaque statue porte en elle l'histoire de cent générations, chaque bas-relief nous offre un abîme de siècles. Nous y voyons la main de l'artiste et de l'artisan, la puissance du souverain, la crainte du voyageur ou la fierté du soldat.



Et soudain, au centre, la pièce unique, le tournant de l'Histoire, la clef des mystères et la fenêtre ouverte sur un monde magique, lumineux et barbare : la pierre de Rosette. Ô frisson de cette langue mystérieuse aux dessins muets…

Regarde ailleurs

L'air est saturé de saveurs grasses, sous le soleil écrasant que l'asphalte nous renvoie dans un déluge infrarouge. Odeurs de la ville, sons de la rue, couleurs éteintes ou criardes : tout nous hurle Londres en cet instant heureux.



Cette ville magique, toujours différente et chaque fois plus mélangée, nous la découvrons en marchant, le nez en l'air et l'oeil rivé aux précieuses indications à chaque bord de rue. Right. Ça vous sauve la vie, dans cette cité…

L'aube des jours

Hier encore elle venait vers toi en riant, tu étais son monde et elle était ton horizon, ton soleil et ton sel. Hier encore tu marchais d'un pas alerte, tu lui tenais la main et tu l'emmenais avec tendresse découvrir des lumières radieuses.



Et puis elle part en riant, elle est ton horizon lointain, ton soleil couchant et la saveur de tes espoirs. Tu marches doucement vers la lumière, sa petite silhouette te fait de grands signes et te montre le chemin qui continue.

Lentement

Tu te retournes doucement. Tes yeux sourient, le soir tombe. La fraicheur de l'air me souffle la fin du jour comme pour me dire qu'il est temps de rentrer. Je lève les yeux et je regarde les nuages aller s'habiller de rose et d'orange.



Lentement, les couleurs prennent corps dans le bleu qui s'assombrit. Leur chaleur descend sur notre peau et repousse encore un peu le frisson du crépuscule. Tu fermes les yeux. Le soleil s'est couché.

Êtes-vous sûr...

Enfermés dans la ville, assourdis par la circulation, aveuglés par la publicité, submergés d'odeurs moites et de parfums rosés, nous marchions, la tête basse, pour glisser le temps du jour vers le tripalium dressé par nos semblables.

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L'appel interpelle, au coeur d'une ville si grande que sa seule présence oblitère ceux-là mêmes qui la construisent. Et de se demander alors où se trouve le bon endroit. Pourrait-il être n'importe où, pourvu que disparaisse le mot travail ?

Vastes vestiges

Le jardin botanique offre une perspective romantique à ce contraste massif. Posée devant la Galerie de l'évolution, la vertèbre de métal pèse de tout son poids sur le paysage verdoyant qu'elle semble repousser.

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Nul animal ne nous regarde, nul dinosaure ne repose ici. La perte d'échelle questionne, attise la curiosité. La sculpture de Quentin Garel nous renvoie au règne animal, à son étude, à l'évolution et aux temps enfouis.

Cubigraphies

Le concept déstructure le plan des photos, le découpe et le recompose en un relief de pixels décalés et brillants. Chaque photo se retrouve morcelée, mais son unité est préservée. Comme nos vies dans le monde urbain et connecté.

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Novatrice et d'une réalisation minutieuse, l'exposition de Claude Charraud est unique à tous points de vue. Anti-statique, elle se savoure — curieusement — à la fois en mouvement et avec le jeu des reflets sur les œuvres…

Infrangible

Ils étaient ainsi, grands, fuselés et d'acier terni. Leur démarche mal assurée démentait la grâce épurée de leurs courbes, la stabilité de leurs longues veilles et la puissance de leur instinct de vie.

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Lorsqu'ils ont disparu, nous n'avons pas compris. Ils semblaient éternels, inatteignables, d'une patience sans limites. Aujourd'hui il ne reste d'eux que des statues écrasantes et froides, tournées vers le soleil en un reproche muet.

Ils sont parmi nous

Derrière ces hauts murs, si cachée mais si présente, une forme froide et rigide nous regarde. Aucun mouvement ne semble échapper à ses yeux panoptiques, sous cette tête hydrocéphale lourdement jetée vers le ciel.

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Lui, pourtant, a su tromper sa vigilance. Difforme et improbable, sorti d'un conte aux accents non-euclidiens ou d'un vieux comics bicolore, seul cet extra-terrestre ricanant pouvait exprimer ainsi son défi dans la langue de Shakespeare.

Passion escaliers

Les escaliers, encore. J'avais bien dit qu'on y revient (presque) toujours. Symétries et asymétries jouent dans cette ambiance désincarnée et utilitaire aux couleurs incertaines. On reconnait bien là la magie de l'architecture hospitalière.

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Mais qu'importe le lieu, pourvu qu'on ait le vertige. L'espoir de cette lumière vaine, au terme d'une ascension sourde, suffit à la photo du jour — le nez en l'air, humant les relents inquiétants des couloirs angoissés.

Retour en terre inconnue

Séquence nostalgie. J'aime revenir dans mon univers d'avant. Ma ville. C'est un peu de nouveauté à bon compte et l'occasion de porter un regard presque neuf sur un paysage que je connais trop et trop peu.

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Ce matin il pleuvait entre deux éclaircies. Mon temps de mars préféré, avec un peu d'avance. Temps de giboulées et temps de travail, à peine de quoi faire un petit snapshot en passant dans ce grand couloir de verre au-dessus des toits.

Hyperborée

Ici, l'hiver dure plus de six mois. Nous sommes loin du cercle polaire, mais en gros le froid attaque en octobre et ne lâche pratiquement rien jusqu'en avril. Bien sûr, c'est un froid inutile, sans neige. Sauf aujourd'hui : trois flocons, enfin !

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On va s'en contenter, en espérant qu'ils tiennent, et aller écouter le bruit des bottes qui crissent dans la neige, se rosir les joues en lançant des boules de neige et regarder le paysage qui, à perte de vue, a retrouvé un air de début du monde.

Reliefs du voyage

Le soleil radieux, dans sa timidité matinale, darde ses premiers rayons dorés sur un Paris calme et enjôleur, aux rues claires et fraiches. Vif et lisse, le train glisse, sur ses rails brillants, chuchotant sa géométrie aux oreilles endormies.

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Ou bien peut-être que je suis juste un peu rêveur, dans ce train qui me porte au-dessus de boulevards mornes, sous un ciel encore chargé d'humidité, à regarder les banlieusards et les parigots se disputer la primeur du prochain feu rouge.

Dans un coin

Comme beaucoup de photographes, j'aime assez la géométrie en tous angles de ces coins à marches, avec leurs rambardes, leurs murs à vif et leurs vertiges. Les angles et les matières sont un terrain de jeu inépuisable.

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Là, tout semblerait presque n'être qu'ordre et beauté, parfois luxe, souvent calme et, pourquoi pas, quelque peu volupté. Je lève la tête, je vois ces contrastes, ces matières, ces ombres, cet instant.

Portrait lumineux

Totalement impromptu, totalement spontané, levé du bon pied après une nuit sereine et une soirée aux réminiscences adolescentes, il se tient précisément sous la lumière. Fait exprès, mais sans le vouloir vraiment.

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Alors je lève un oeil, je m'exclame, il ferme les yeux et je déclenche. Je suis très content de cette photo de Claude. C'est un ami cher, un photographe un peu cubique, et ce matin un portrait réussi.